vendredi, 06 octobre 2006 16:29

Azzedine Rahim

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C’est au "Wood Pecker", endroit appartenant à un usmiste pur et dur, que nous avons rencontrés l’idole usmiste de toujours, Azzeddine Rahim. Souriant et « fa7chouche « comme pas possible, Zizou commencera par nous relater certaines anecdotes croustillantes, comme celle du fameux match à huis clos face au MCA ou Cherrouk et Zitouni le prièrent de ne pas jouer de leurs coté de peur de perdre leurs places, ou ce match de Blida ou le coach local a changé son arrière latéral à trois reprises ou ce défenseur d’Ain M’lila qui jouait son premier match en sénior et malheureusement le dernier pour lui après avoir subit l’humiliation. Des moments de pur bonheur dans ses yeux mais qui traduiront une certaine tristesse en évoquant les pénibles étapes de sa carrière, suivons le.
Que devient Azzedine ?
Ben, au café comme tout le monde (Rires). Sérieusement je suis un citoyen ordinaire, mais loin des stades, même si je prépare un diplôme d’entraîneur (Rahim est déjà détenteur du 1er degré). Mais comme il faut bien vivre je me suis tourné vers le commerce tout en suivant des études d’anglais.

Parles nous de ton premier match en senior, c’était en coupe d’Afrique, non ?
Non pas du tout. Mon premier match en senior, je m’en rappelle comme si c’était hier, j’avais à peine 15 ans et demi en 1987 face à l’USMH en étant encore cadet. L’année d’après je faisais partie de l’effectif A, même si parfois je jouais avec les juniors quand je n’étais pas convoqué.

Tu as connu la relégation avec le club, parles nous de l’ambiance à l’époque au sein de l’effectif
A l’époque on était loin de valoir l’USMA actuelle, avec ses titre et son prestige, on jouait devant peu de monde, tout le temps le milieu du tableau, ce qui faisait que l’ambiance n’était pas très agréable à vivre, mais il est vrai aussi que le manque d’ambition de l’époque a permit à beaucoup de jeunes d’émerger, tel que Salhi, Foual, Guerabi entre autres et se
frayer un chemin en senior. Il ne faut pas oublier que c’est grâce, en partie, à ses mêmes joueurs que le club a accédé.

Si l’accession était le plus beau souvenir, c’est quoi le plus mauvais, en D2 biensûr ?
Sans aucune hésitation, ma fracture nasale. On jouait à Ain Oussara ou je fus agressé pendant la mi-temps par le garde matériel, d’après ce qu’on m’a dit. Il y’a un autre fait qui restera gravé, c’est le jour ou on a faillit perdre la moitié de l’équipe lors d’un accident de la route en allant vers Laghouat.

Il y’a eu un fait la veille d’un match important ou tu a été embarqué dans un rafle de police, des détails ?
J’habitais la casbah et comme tout le monde le sait le quartier était assez chaud, et lors d’une descente de police on m’a embarqué avec des voisins, tout simplement pour un contrôle car on traînaient dehors. Arrivés au poste, le commissaire m’ayant reconnu m’a demandé ce que je faisais là, avant de me renvoyer chez moi sans être dérangé. Certains racontent qu’un policier fan d’un club rival s’en est prit à moi mais je démens catégoriquement cela.

En 1995 c’est l’accession, en grande partie à ton apport comme le juge tous les supporters, est ce qu’Azzedine a pensé un jour devenir le chouchou de la galerie rouge et noire ?
Réussir est le souhait de tout un joueur, ce qui est tout à fait normal, mais je ne m’attendais pas à devenir une icône, vraiment pas à ce point. Il est vrai que j’ai travaillé dur pour arriver au sommet, mais jamais au grand jamais, je ne pensais atteindre le nirvana. Je crois que c’est mon amour et mon attachement au club qui ont fait beaucoup aussi.
Etant un pur produit du club, tu te donnais à fond sur le terrain. Penses tu que cette mentalité existe toujours ?
Je pense que oui. Quand tu grandis dans un club, c’est grandir dans une famille et la famille reste sacrée qu’on le veuille ou pas. Je jouais à fond mes matchs et je ne les choisissais pas, et je suppose qu’un gars comme Hamdoud ou Djahnine pensent la même chose et font preuve du même comportement.

En D1, l’effectif a été remodelé, quel joueur aurais tu préféré voir continuer l’aventure avec le club ?
Faut avouer que, l’année qui a suivi l’accession, très peu de départs ont été enregistrés. A part Kaya de retour à Kolea, Khellili qui avait la quarantaine et Kopa (Abdelguerfi NDLR) qui a décidé d’aller aider son club formateur, le RCK, c’est tout l’effectif qui est resté. Bouhamidi, Sloukia, Hamici, Hm’aili, Salhi et autres étaient toujours en place.

1996, lors du match CRB-USMA au 20 Août, tu étais capitaine d’équipe. Benzekri te fait sortir, tu jettes le brassard et tu quittes le terrain….
Ce jour là, on a complètement raté notre 1ère mi-temps. Durant la pause, le coach critiquait les joueurs tout en me visant indirectement, comme quoi certains voulaient sa tête. J’ai demandé à ce qu’il donne des noms mais il ne l’a pas fait, le ton est monté et on a échangé quelques mots. Cinq minutes après la reprise, il me fait sortir, et quand je le regarde l’air étonné, il hausse les épaules dans le pur style je fais ce que je veux (Nef7a quoi). J’ais biensur pété les plombs et j’ais jeté le brassard.

Lors du match USMA-MCA à huis clos, Bencheikh criait à ses défenseurs de te descendre avant les 18 mètres, vrai ou faux ?
Considéré comme l’élément le plus dangereux, alors les consignes étaient claires.

Une semaine avant le fameux match retour face au MCA, des rumeurs faisaient déjà part qu’une agression se préparait contre toi, est-ce vrai ?
Je crois que partout ou je jouait, j’étais en danger. Des coups j’en recevais par dizaine, on me prenait pour un ballon apparemment (rires). Donc pour ce match derby, pour moi c’était la même histoire de supporters qui revenaient auxquelles je ne prêtais guère attention.

On dit que Lazizi t’a raté la première fois, mais la deuxième était fatale…
Non….des tacles et des coups j’en ai eu quelques uns, mais du coté de la touche ou au centre du terrain, mais celle de la
blessure était la première de Lazizi, pour une première, il ne m’a pas raté, il n’a pas fait le voyage pour rien comme on dit.

Après ce match, ta vie a basculé. Tu blâmes Bencheikh le commanditaire ou Lazizi l’exécutant?
On peut dire les deux, mais un autre défenseur aurait pu le faire aussi car il ne faut pas oublier qu’une réunion spéciale défenseurs a été tenue, et on connaît le résultat. J’en veux à ces deux là, car ma carrière fut brisée alors que j’étais en contact avancé avec Malines, ou il ne me restait que l’examen médical a passé. Le président de ce club venait tout les quinze jours à Alger me voir jouer et il avait juré de me prendre dans son club, qui rappelons était l’un des meilleurs en Belgique. Ce président est même venu me rendre visite à l’hôpital.

Donc pour Malines c’était ok ?
Il n’y avait pas que Malines, j’avais des contacts en France avec Le Havre et l’OM, ces deux clubs m’attendaient pour faire des tests. J’avais un autre contact au Portugal. Mais il est vrai qu’avec Malines tout était réglé… malheureusement la bêtise humaine a tout brisé.

On disait à l’époque que Tarek et toi étaient amis ? Ou bien c’était juste une façade pour calmer les esprits ?
C’est vrai qu’on avait une relation d’amitié Lazizi et moi, on était tout le temps ensemble en EN, assez proches, mais je sais qu’il n’a jamais pensé qu’en provoquant ma blessure, il allait être la cause de la fin de ma carrière. Il se disait
sûrement, une blessure qui va m’éloigner trois semaines tout au plus, mais jamais une blessure de la sorte.

Lors de ton voyage chez le professeur Rozenborg, on t’a opéré à la manière des footballeurs américains…ça consiste en quoi ?
C’est grâce au docteur Zerguini que je suis parti aux USA, et je crois que le professeur Ronzenborg est le mieux placé pour vous l’expliquer.

On dit que l’USMA a pris en charge toutes tes dépenses et mêmes les salaires et primes t’étaient versés…
Qui a dit ça ? Pendant mon arrêt, j’avais juste mon salaire versé par la Sonelgaz, car j’avais une intégration au sein de cette société… de la part du club je n’ai pas vu un centime pendant cette période. Mon premier déplacement à Bordeaux c’est grâce au ministère de la santé, alors que celui de l’Italie fut pris en charge par l’ex sponsor du club( SCI : société Italienne qui a construit le nouvelle tribune). Alors que pour le voyage aux USA, je reconnais que le club a payé l’opération, mais tout ce qui était manipulation (c’est une deuxième opération en fait), coût de rééducation, hébergement et autres étaient à mes propres frais.

Après une longue et rude traversée du désert, tu reviens sur les terrains..
J’avais attendu ce moment avec impatience, c’était une deuxième naissance pour moi, alors imaginez le sentiment ressentit, c’est indescriptible. On disait que j’étais fini et voila que je prouvais le contraire. Malheureusement, l’ambiance n’était plus la même, du moins le comportement de certains et ça je le regrette vraiment. J’avais remarqué qu’on doutait de moi et que peu croyait en mon retour. Deux ans et demi de souffrance pour ne pas trouver l’assistance morale nécessaire. Mes plus beaux buts ont étés inscrit après mon retour de blessure, je retrouvais mes sensations mais personne ne m’a aidé alors que
j’en avais besoin. J’ai senti qu’on ne voulait plus de moi. Regarder Dziri, après sa blessure avec l’EN, il est revenu car on l’a aidé moralement et parcequ’on voulait de lui… La saison où j’ai repris, c’était un championnat blanc et on ne me faisait pas jouer…tout était clair. Heddane s’est chargé de faire le sale boulot, il m’a tenu un discours qu’on ne tient jamais à un joueur lors de l’inter-saison. Il m’a dit « Rahim, cette année j’ai ramené flen et felten et je doute fort que je te fasse jouer » Je sait bien que ce ne sont pas ses paroles mais il n’a jamais osé me le dire. D’ailleurs en jouant au CSC j’avais marqué un but au Mouloudia, coaché par Heddane, j’ai courru en sa direction et je me suis agenouillé pour embrasser le sol et remercier Dieu, comme quoi lui aussi devait payer en vertu de la justice divine.

Après ta Blessure, tu as sillonné plusieurs clubs, pensais tu un jour jouer ailleurs qu’à l’USMA ?
En Algérie c’est claire que non, mais « El Mektoub » m’a poussé à quitter mon chez moi pour les raisons invoqués. Je suis parti avec beaucoup de regrets. J’ai fait une bonne saison au CSC alors que j’aurais voulu la faire à l’USMA.

Azzedine, tu n’as pas évoqué ton passage en E.N
C’est Rabah Madjer qui fit appel à mes services la première fois, je jouais encore en D2 et considéré comme le meilleur avant-centre d’Algérie. Mon premier match fut contre le Rwanda, j’ai disputé une CAN, des éliminatoires de coupe du monde, mais je ne sais pas combien de sélections j’accumule.

Azzedine, le mot de la fin est pour toi
Je salue tout les forumeurs du site et je leur dis Saha Ramdankoum, et que j’espère que vous allez me revoir en tant qu’entraîneur et pourquoi pas comme président d’un club que j’aime beaucoup.

Azzedine prendra congé de nous….en promettant de se connecter pour lire l’article.
Merci Zizou



Precisions du Docteur Y. ZERGUINI :

Merci à Azzeddine pour ses bons mots. Je salue au passage cet ancien immense espoir du football algérien, africain et mondial sacrifié sur l'autel de la violence gratuite. Ce "fils de famille" avait tout pour devenir une star internationale: Technique et frappe de balle, sens tactique, vitesse d'execution, physique d'athlète d'elite, mentalité de joueur professionnel, modestie... Avec sa permission, qui m'a été confirmée par usmalger, je peux vous donner quelques précisions: -- Sa blessure etait la plus grave qui puisse survenir au niveau du genou d'un footballeur. C'etait une sorte de "pentade" (5 lésions): Les 2 ménisques (interne et externe), Le Ligament lateral interne, les 2 ligaments croisés avec les coques condyliennes...un veritable "cataclysme" dans le genou... -- Il a été reçu et opéré en urgence par mes amis les Pr Mammeri et Azzizi qui ont fait un travail absolument magnifique et qui ont reussi à lui conserver son genou. Il a frolé l'amputation (si des vaisseaux sanguins avaient été touchés) ou la paralysie du nerf sciatique (assez fréquente dans ce genre de cas)...Les réparations ligamentaires (croisés) ne pouvaient et ne devaient être effectuées en urgence -- Il a ensuite été opéré, sans grand succés, en Europe pour ses ligaments... -- C'est aprés son retour d'Italie qu'il est venu me consulter: J'ai été trés clair avec lui comme avec le président du club. A mon avis, il n'y avait qu'aux usa que son cas pouvait avoir une chance être réglé. Je revenais tout juste à l'epoque d'un stage chez le Dr Tom Rosenberg où j'avais appris à traiter ce genre de lésions qui surviennent frequemment dans le football americain, mais avec des moyens que nous n'avions pas,(et que nous n'avons toujours pas...) à Alger. Une réeducation specifique était absolument necessaire qui faissait partie intégrante du traitement. -- Le Président du club, j'en suis témoin, m'avait dit: "Si il y a la moindre chance sérieuse qu'il puisse récupérer de sa blessure, je suis prêt à payer ce qu'il faut...." -- Je me suis débrouillé pour avoir un RV rapide avec Tom Rosenberg (qui a consenti un tarif trés bas comparé à ce qu'il demandait aux athlètes professionnels americains ou européens), et vous connaissez la suite... -- J'ai fait à l'epoque tout mon possible pour que Azzeddine soit aidé et entouré aux usa, car son opération n'était pas simple. Il avait aussi besoin d'un gros soutien psychologique... -- J'avoue que j'ai rarement vu chez un athlète une telle volonté de récupérer et un tel sens du sacrifice. Azzeddine devrait toujours être cité en exemple...

Dr. Y. ZERGUINI
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