mercredi, 08 janvier 2014 15:54

Interview de Kamel Chalabi

« Tchalabi ya Tchalabi…Tchalabi ya Tchalabi….Tchalabi ya Tchalabi…Âati lelqalbek ya Tchalabi »

 

Qui parmi les anciens ne se souvient pas de ce refrain chanté par les supporters de l’USMA à chaque fois que le virevoltant Kamel malmenait ses adversaires.

Chalabi était un ailier de débordement type, un attaquant au dribble chaloupé, qui pouvait désarçonner à lui seul une défense. A ses qualités techniques indéniables, il faudra ajouter des qualités morales remarquables et un comportement exemplaire sur et en dehors des terrains.

Usm-alger.com l’a sollicité pour qu’il apporte sa contribution à l’enrichissement de l’histoire de l’USMA et pour que les plus jeunes d’entre les amoureux des Rouge et Noir puissent connaître un de ceux qui ont porté haut et fort les couleurs du club.

Kamel Chalabi a aimablement accepté de le faire en répondant à nos questions. Qu'il en soit remercié !


Question : Pour commencer, que devient Kamel Chalabi ?

Réponse : Tout d’abord, je voudrai remercier le site usm-alger.com de m’avoir donné la possibilité de m’exprimer.

Ce que devient Kamel Chalabi ? Eh bien, je suis à la retraite depuis un certain temps déjà. Je le suis depuis l’année 2008 exactement.

Q : Les plus anciens vous connaissent, les jeunes supporters un peu moins. Pouvez-vous vous présentez ?

R : Je vais sur mes 67 ans puisque je suis né un jour d’avril de l’année 1947, à Bologhine (ex Saint Eugène).

Mes premiers pas dans le football, je les ai faits à l’Association Sportive de Saint Eugène (ASSE). Ensuite j’ai joué à l’Olympique Musulman de Saint Eugène (OMSE) avant d’atterrir à l’USM Alger à la fin des années 60. J’avais à peine 21 ans lorsque j’ai rejoint les Rouge et Noir. J’y ai joué pendant 8 saisons au poste d’ailier droit.

Avec l’USMA, j’ai participé à la finale de la Coupe maghrébine des vainqueurs de coupe que nous avions perdu contre le club marocain de la Renaissance de Settat (2-1) après avoir battu en ½ finale le club libyen du Hilal de Benghazi (2-1). Sur les 7 finales que l’USMA avait jouées, au moment où j’étais dans ses rangs, je n’ai participé qu’à 2. Toutes les deux, hélas, perdues face au CRB et au MCA.

J’ai, enfin, fait partie de l’équipe qui a été désignée championne de la division 2 obtenant ainsi son accession en division 1, en 1974.

Q : Quel a été votre parcours avant d’atterrir à l’USMA ?

R : Comme je l’ai dit précédemment, avant de venir à l’USMA, j’ai fait mes débuts dans le football à l’ASSE, club du quartier où je suis né. J’ai signé une licence « minime » au cours de la saison 1958-1959.

Au lendemain du recouvrement de l’indépendance par notre pays, j’ai rejoint l’OMSE. J’y suis resté de 1963 à 1967.

C’est en 1968, que j’ai intégré les rangs de l’USMA. J’avais 21 ans. Je ne l’ai quitté qu’en 1977.


Q : Vous faisiez partie d’une formidable équipe avec les Meziani, Belbekri, Aïssaoui, Saadi,…pourtant vous n’aviez rien remporté avec l’USMA. Comment expliquez-vous cela ?


R : C’est exact ! L’USMA de l’époque avait une fière allure avec tous les joueurs que vous avez cités et bien d’autres encore. Cependant, les résultats ne suivaient pas toujours la manière. Nos échecs étaient surtout dûs à notre manque de réussite.

Nous avions réussi, toutefois, à terminer champions alors que nous étions en division 2 et étions retournés en division 1 (1974) après 2 années passées au purgatoire.

Q : En 1972, vous avez raté la finale de la Coupe d’Algérie contre Hamra Annaba parce que vous avez été aligné avec l’équipe de la gendarmerie nationale pour le compte de la finale militaire. Comment avez-vous vécu cette frustration ?

R : Je me souviens de cette fameuse finale comme si c’était hier. J’ai été privé de jouer avec l’USMA alors qu’il était convenu que je participe à la finale face à Hamra Annaba.

Ce jour-là, l’équipe de la gendarmerie nationale dont je faisais partie jouait la finale militaire en ouverture du match USMA-Hamra Annaba. Des rumeurs persistantes disaient que j’allais être aligné pendant une mi-temps au cours de la finale militaire et qu’on allait me permettre de jouer la finale de la Coupe d'Algérie avec l’USMA. En fin de compte, on refusa de me laisser jouer avec l’USMA pour des raisons encore obscures aujourd’hui.

Avoir raté la finale USMA-Hamra Annaba m’avait fait très mal. J’ai été touché au plus profond de mon être et j’ai pleuré tout mon soûl. Ma déception était d’autant plus grande que l’USMA s’était inclinée face à Hamra Annaba.

Q : Nous avons encore en souvenir vos duels avec le regretté Chikh Zerrouk du mouloudia, auquel vous faisiez souvent des misères. Est-il vrai que vous avez un lien de parenté avec ce joueur ?

R : Contrairement à l’idée répandue chez les supporters des deux clubs rivaux, je n’ai aucun lien de parenté avec le regretté Chikh Zerrouk, Allah yerrahmou.

Lorsque nous jouions le mouloudia, Chikh était mon adversaire direct. Je lui faisais tellement de misères qu’il me demandait de ne pas jouer de son côté. Il lui arrivait d’user d’un jeu brutal pour essayer de me museler mais nos rapports restaient cordiaux dès que le match prenait fin. Le football est ainsi fait. Au cours d’un match, on reçoit des coups et on en donne mais, dès que la partie se termine, on redevient amis.

Q : Au cours de votre riche carrière, vous avez côtoyé ou affronté pas mal de joueurs. Lequel vous a le plus impressionné ?

R : Incontestablement, Hacène Lalmas à qui je souhaite un prompt rétablissement.

Hacène, Allah ichafih, était le meilleur joueur d’Afrique

Q : Vous arrive-t-il de revoir vos anciens partenaires ?

R : Quelque fois, notamment à l’occasion de matchs que nous organisons entre vétérans. J’ai ainsi l’occasion de revoir d’anciens coéquipiers à l’image de Bachir Zitoun, Rachid Debbah, Kamel Berroudji, Kamel Tahir, Rachid Lala, Hocine Rabet, Fodil Oulkhiar et Mouldi Aïssaoui.

Q : N’avez-vous jamais songé à embrasser une carrière d’entraîneur ?

R : Entraîneur, je l’ai été juste après avoir arrêté ma carrière de footballeur.

J’ai drivé successivement :

  • les cadets de l’OMSE (1978-1979)

  • l’équipe senior du club du CR Fouka, qui évoluait en inter wilaya (1981-1982)

  • l’équipe senior de la JSM Cheraga qui jouait en régionale (1984-195)

  • l’équipe de la gendarmerie nationale avec laquelle j’ai été deux fois en finale de la Coupe d’Algérie militaire (1990-2003)

  • l’équipe nationale militaire que j’ai conduite en demi-finale de la Coupe d’Afrique militaire en 2004 et en finale de la Coupe du Monde militaire qui s’était déroulée en Allemagne en 2005 (2004-2007).

Comme vous pouvez le constater ma carrière d’entraîneur est quand même assez bien remplie

Q : Les ailiers de débordement sont de plus en plus rares de nos jours, sans doute à cause de l'évolution du football. Ne pensez-vous pas que le jeu d'attaque s'en ressent ?

R : C’est exact ! A notre époque, le jeu était basé sur des débordements sur les ailes. La tactique était pratiquement affichée chez tous les clubs et était connue par tous les entraîneurs. Le jeu était plus ouvert qu’il ne l’est actuellement et voir évoluer les équipes constituait un véritable régal pour les yeux.

De nos jours, en Algérie, le jeu est moins plaisant. On voit de moins en moins d'attaquants percutants, de joueurs de débordement.

C’est peut-être une des causes de la régression du niveau de notre football et de la désertion des stades par le public.

Q : Suivez-vous toujours l’actualité sportive ?

R : J’essaie surtout de suivre l’USMA, qui reste le club de mon cœur.

Cette saison le titre semble lui tendre les bras. J’espère que nous aurons l’occasion de célébrer le 6ème titre de champion d’Algérie au mois de mai prochain. Je souhaite bonne chance à l’USMA !

Q : Qu’avez-vous ressenti lors de la double consécration de l’USMA de cette saison ?

R : J’ai été très heureux que l’USMA soit parvenue à obtenir une double consécration dans la même année, au cours du même mois de mai.

Après la mémorable victoire en Coupe d’Algérie face au MCA, l’USMA a pu décrocher un historique premier titre international, quinze jours après. Que du bonheur !

Q : Pensez-vous que l'argent aide au développement de notre football ?

R : Je ne le pense pas…ou du moins pas seul !

Je me souviens que, de mon temps, nous jouions sur du tuf avec des chaussures de foot de très mauvaise qualité. Mais notre rendement sur le terrain était meilleur et le public en avait pour son argent. Lorsqu’ils allaient voir un match, les supporters repartaient rarement déçus.

Pour que notre football redevienne ce qu’il était, pour son développement, il faudrait confier sa gestion à des gens du métier. Des personnes qui ont acquis des compétences dans le domaine du sport, en général, et du ballon rond, en particulier, et penser, pourquoi pas, à faire appel à ceux qui ont tant donné au football national et qui peuvent encore être utiles.

Q : Pour finir, Kamel, avez-vous un message à faire passer ?

R : Je souhaite bonne chance à notre équipe nationale qui doit représenter les couleurs de notre pays au Mondial brésilien.

Ensuite, je formule le vœu que l’USMA s’adjuge le sacre final en championnat au mois de mai prochain.

Je tiens également à saluer tous mes amis de Bologhine.

Je ne terminerai pas sans remercier le site usm-alger.com qui s’est souvenu de moi, m’a ouvert ses colonnes et m’a permis de me remémorer les agréables moments que j’ai connu avec l’USMA.

Je salue chaleureusement tous les supporters de l’USMA et tous ceux qui m’ont connu, sur un terrain de football ou dans la vie de tous les jours.

Pour tous ceux qui voudraient me contacter, voici l’adresse de ma page Facebook : https://www.facebook.com/kamel.chalabi.315?ref=tn_tnmn

Je les invite à venir la consulter

 


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